Bercy Colloc, Bercy au service des collectivités locales
Lettre d'information n°67 - 20 octobre 2011
 
  A LA UNE


TOURISME

Les acteurs publics confrontés
au défi des technologies mobiles



Pour s'informer sur une destination, réserver son voyage ou s'orienter une fois arrivé, le touriste de 2011 a, de plus en plus, le réflexe "smartphone". Après la révolution de l'Internet, les acteurs publics et privés du tourisme doivent aujourd'hui prendre le tournant du mobile appelé à devenir, à brève échéance, le canal de diffusion privilégié pour toucher leur clientèle. Comment se lancer dans l'aventure du "m-tourisme" sans se tromper ? Le point avec Guillaume Lacroix, adjoint au chef du service Tourisme, commerce, artisanat et services (STCAS) de la direction générale de la Compétitivité, de l'industrie et des services (DGCIS - ministère de l'Economie, des finances et de l'industrie).



La Lettre d'information BERCY COLLOC. L'option "m-tourisme" est-elle désormais incontournable pour les acteurs du tourisme, y compris dans la sphère publique ?
Guillaume Lacroix. Plus du tiers de la population mondiale surfe aujourd'hui sur Internet depuis son téléphone mobile et, en France, on dénombre déjà 27 millions d'utilisateurs de smartphones. Au fil du temps, les smartphones touchent une clientèle de plus en plus diversifiée en âge, sexe et catégorie sociale, et on estime qu'ils couvriront la totalité du parc de la téléphonie mobile d'ici 2020.
Le tourisme, après avoir été le secteur qui a le plus bénéficié de la démocratisation d'Internet, doit maintenant s'adapter pour l'Internet mobile. Les outils nomades accompagnent le touriste dans toutes les phases de son voyage : avant, pour rechercher sa destination et réserver, pendant, pour modifier son trajet et ses plans, après, pour poster ses souvenirs de voyage en ligne et déposer des avis. Ce dernier élément, notamment, change la relation client-fournisseur.
Il n'est donc plus possible d'ignorer ces nouveaux outils si l'on veut se rendre visible et promouvoir son offre touristique auprès d'un large public. Mais le développement de technologies mobiles a un coût, aussi bien humain que financier : ces technologies doivent répondre à des objectifs précis, en venant consolider une stratégie préexistante. En termes de priorité, il paraît plus sage, notamment, de se munir d'un bon site Internet avant de se lancer dans le développement tout azimut de supports mobiles.

La Lettre. Quel type de technologies mobiles le touriste moyen réclame-t-il ?
G. L. Avec une durée de séjour en diminution, le touriste souhaite d'abord optimiser son temps de voyage : il est donc en attente d'une information exhaustive et accessible rapidement. Ensuite, il désire être autonome, tout en se sentant sécurisé dans le pays où il voyage. Il aime se sentir unique, ce qui implique de pouvoir personnaliser son séjour. Enfin, il veut interagir directement avec la destination, être acteur de sa propre visite, faire ses choix et donner son avis en ligne.
Les technologies mobiles sont assurément une réponse à toutes ces attentes : elles permettent de s'informer en quelques clics sur la destination, de se repérer dans une ville inconnue grâce à la géolocalisation, de découvrir le patrimoine à travers des applications en réalité augmentée, et de partager son expérience en se connectant à des réseaux sociaux.
Le lien permanent avec le client que permet la technologie mobile est aussi un atout extraordinaire pour l'offre. Le m-tourisme se développe donc sous l'effet de deux moteurs : le besoin du touriste, évidemment, mais aussi celui des opérateurs du tourisme qui ont compris l'intérêt de ne jamais perdre le contact avec leur client.

La Lettre. Existe-t-il aujourd'hui une politique française du m-tourisme clairement définie, et activement promue par la DGCIS ? Certains investissements technologiques sont-ils encouragés ou subventionnés par l'Etat ?
G. L. L'objectif principal de la DGCIS est d'accroître la compétitivité de l'offre touristique française, afin de replacer la France en tête du classement des destinations qui génèrent le plus de recettes. Les nouvelles technologies permettent d'améliorer la qualité d'accueil des touristes, en facilitant leur accès à l'information et leurs déplacements. Cet axe de développement s'inscrit donc pleinement dans la continuité de la Charte sur l'amélioration de l'accueil des touristes en France, signée par le secrétaire d'Etat au Tourisme en mars dernier.
Pour aider les institutionnels et les professionnels du tourisme à accroître leur présence sur mobile, la DGCIS suit actuellement deux grandes études. La première (1) est relative à "l'office de tourisme du futur". Face au développement exponentiel des TIC, les offices sont confrontés à la nécessité de se repositionner afin de conserver leur rôle de "portes d'entrée du territoire". L'intégration de dispositifs numériques fait partie intégrante de la nouvelle démarche qualité que les offices doivent mettre en place. Notre second chantier en cours est une étude prospective (2) sur le m-tourisme qui débouchera sur la mise à disposition, en fin d'année, d'un guide pratique favorisant la collaboration entre les professionnels du tourisme et les collectivités locales.
Citons aussi les nombreux appels à projets lancés par le STIC, service rattaché à l'Industrie, qui offrent la possibilité à des entreprises de développer des services innovants dans tout secteur d'activité, en bénéficiant d'un soutien financier de l'Etat. Plusieurs projets à vocation touristique (déploiement du NFC-sans contact, réalité augmentée, etc.) ont ainsi vu le jour grâce à une aide de l'Etat.

La Lettre. Le m-tourisme est-il possible partout, y compris dans les parties du territoire où l'on rencontre encore des problèmes de réseau ?
G. L. Il existe, en effet, une certaine disparité entre les territoires pour ce qui concerne l'accès à Internet, qu'il soit fixe ou mobile. Mais il faut relativiser ce constat puisque les zones blanches ne représentent plus que 2,3% du territoire national. Le secteur du tourisme est l'un des premiers bénéficiaires de chaque progrès réalisé en matière de couverture réseau. Félicitons-nous de la quasi totalité de la couverture du territoire français en 2G et 3G, et agissons pour que les usagers puissent accéder bientôt à la couverture 4G !
Au-delà de l'aspect réseau, les développeurs d'applications mobiles choisissent, le plus souvent, d'embarquer les contenus dans l'application afin de les rendre accessibles hors connexion, pour éviter les coûts prohibitifs de "DATA roaming" pour les utilisateurs étrangers. L'application, téléchargée avant le séjour, peut ainsi être utilisée sur place sans connexion réseau et sans frais supplémentaires ; cette alternative limite cependant les fonctionnalités des applications. La Commission européenne a récemment proposé d'offrir la possibilité aux utilisateurs de choisir, à partir du 1er janvier 2014, un autre opérateur de téléphonie mobile lorsqu'ils voyagent à l'étranger, tout en conservant leur numéro de téléphone. Cette proposition, qui sera soumise prochainement au Parlement européen, devrait rapidement libérer les usages d'Internet en situation de mobilité internationale, ce qui devrait inciter les développeurs à créer des applications encore plus riches.

La Lettre. Peut-on se lancer dans le m-tourisme quand on est un petit office ou une communauté de communes en milieu rural ? Ne s'agit-il pas d'opérations réservées aux grandes collectivités ?
G. L. Les nouvelles technologies ont, certes, un coût non négligeable, mais ce coût peut être rentabilisé dès lors que les technologies mobiles sont appréhendées comme un outil au service d'une stratégie marketing. Prenons les choses dans l'ordre : un territoire doit d'abord définir sa stratégie touristique, dans laquelle il développera un axe "usage des TIC" et, enfin, un sous-axe "mobile".
Rien n'impose, d'ailleurs, de définir une stratégie touristique à l'échelle de chaque commune ou de chaque petit office. De plus en plus, les stratégies se déploient à l'échelle d'espaces larges qui regroupent un ensemble de sites, un domaine skiable, voire un département tout entier. C'est-à-dire à une échelle qui permet de mutualiser les coûts et, aussi, d'être mieux référencé, donc de gagner en visibilité. Mais il est toujours possible, autour d'un monument ou d'un site, de déployer des choses relativement simples.

La Lettre. Quels sont les coûts d'investissement dans les technologies mobiles les plus répandues ?
G. L. Le coût de développement d'une application mobile est très variable : tout dépend des contenus et des fonctionnalités proposées. Cela étant, pour mettre en place une application mobile sur smartphone, il faut désormais la développer pour deux types de terminaux non compatibles (iOS d'Apple et Android), ce qui majore les coûts et le temps de production. Il faut aussi réserver une partir de son budget à la promotion de l'outil : on estime à trois jours, pas plus, la durée de référencement naturel d'une application sur les App stores. Passé ce délai, si le développeur n'assure pas de publicité pour référencer son application auprès du grand public, elle restera peu téléchargée.
L'essentiel est de bâtir une stratégie basée sur une analyse des attentes de la clientèle touristique que l'on souhaite cibler. Les technologies mobiles constituent un canal de diffusion supplémentaire pour répondre aux objectifs fixés, mais il ne faut pas se laisser fasciner par le caractère novateur d'un outil. Sinon, au rythme où évoluent les technologies, on risque l'obsolescence en très peu de temps !


Notes :
(1) Cette étude est co-financée par la DGCIS, ATOUT France, la Fédération nationale des offices de tourisme et syndicats d'initiative (FNOTSI), le comité régional du tourisme de Bourgogne et les fédérations régionales des offices de tourisme et syndicats d'initiative Alsace, Aquitaine, Champagne-Ardenne, Limousin, Pays-de-la-Loire et Midi-Pyrénées.
(2) Cette étude du PIPAME (Pôle interministériel de prospective et d'anticipation des mutations économiques dont la DGCIS assure le pilotage) est co-dirigée par la sous-direction du Tourisme et par la sous-direction de la Prospective, des études économiques et de l'évaluation.


La DGCIS organise à Paris, le 2 décembre prochain, une journée intitulée "Tourisme et usages des TIC : comment intégrer les technologies mobiles à la stratégie des opérateurs du secteur ?", en présence du secrétaire d'Etat au Tourisme. L'objectif en est de favoriser la rencontre entre professionnels du tourisme d'une part, des nouvelles technologies d'autre part, afin de faire émerger des projets touristiques innovants. A travers cette manifestation, la DGCIS entend donner aux professionnels du tourisme un éclairage sur les enjeux du m-tourisme, tant sur la question des modèles économiques que sur les bouleversements dans l'organisation des métiers qu'il implique.

Pour accéder au programme et au formulaire d'inscription :
Ministère de l'Economie - Tourisme et usages des TIC - Programme
Ministère de l'Economie - Tourisme et usages des TIC - Formulaire d'inscription






En Rhône-Alpes,
le m-tourisme décolle grâce à l'open data



Depuis le 1er janvier 2005, l'information touristique, en Rhône-Alpes, s'appelle SITRA (1). Cette base de données unique, lancée par Rhône-Alpes Tourisme (2), est mise à jour en permanence par 350 structures du tourisme institutionnel de la région (comités départementaux du tourisme, offices de tourisme locaux, etc.), qui peuvent ensuite venir piocher librement dans l'entrepôt de données pour réaliser leurs brochures, nourrir leur sites Internet ou développer leurs projets mobiles. Outre ces 350 contributeurs, environ 150 diffuseurs d'information touristique (mairies, presse régionale, sites spécialisés) ont également passé convention avec SITRA pour se nourrir de la masse d'informations contenue dans la base.

Karine Feige, directrice du projet SITRA, présente pourtant son produit avec modestie. "SITRA, explique-t-elle, c'est un peu comme le smartphone : la richesse réside plus dans les applications que dans l'outil lui-même. Je découvre en permanence des projets superbes proposés par de nouveaux diffuseurs". A côté des classiques dépliants touristiques et sites institutionnels, la moitié des nouveaux projets, désormais, concerne la mobilité.

A l'échelle de la région, Rhône-Alpes Tourisme a joué les éclaireurs en lançant, en janvier 2010, l'application i-rhonealpes. Cette application, téléchargeable gratuitement sur l'Apps Store, montre à son utilisateur tout ce qui se trouve autour de lui (festivals, restaurants, chambres d'hôte, etc.) avec un descriptif simple (nom, horaires d'ouverture, tarifs), la localisation sur Googlemaps et le numéro de téléphone où se renseigner pour en savoir plus. "Localiser facilement les restaurants alentour quand on est place Bellecour à Lyon peut sembler sans grand intérêt, remarque Karine Feige. En revanche, quand on est au milieu de la Drôme ou de l'Ardèche et que le premier restaurant est à cinq ou dix kilomètres…" L'application a été conçue, dès le départ, dans une logique de collection, de façon à ce que d'autres acteurs du tourisme régional puissent décliner l'outil pour leur propre promotion sans avoir à refaire l'investissement initial. La collection comporte aujourd'hui neuf applications, chacune renvoyant facilement l'utilisateur vers les autres, au fil de ses déplacements dans la région. Pour un coût moyen ne dépassant pas les 3.000 euros, l'Ardèche a ainsi adapté l'outil en créant une rubrique "villages éco-touristiques", tandis que Megève rajoutait une rubrique "shopping".

Karine Feige

directrice du projet SITRA

"SITRA, apprécie Karine Feige, peut aussi servir aux habitants de la région qui n'entrent jamais dans leur office de tourisme". Ainsi les habitants de Chambéry vont-ils pouvoir découvrir bientôt le tout dernier projet mobile développé par Véolia Transport, opérateur de transport sur l'agglomération de Chambéry. L'application permettra aux clients de Véolia non seulement de répondre à la question "quel bus prendre pour aller de A à B ?", mais aussi de découvrir ce qu'ils pourront trouver autour d'eux en arrivant au point B : restaurants, manifestations culturelles, événements festifs, autant de données qui sont régulièrement mises à jour dans SITRA grâce à la contribution des offices de tourisme de Chambéry et d'Aix-les-Bains.

Le prochain défi, pour Rhône-Alpes Tourisme, va être d'adapter la technologie de SITRA aux nouveaux usages de l'Internet et du mobile. Un appel d'offres va être lancé à l'automne pour doubler la plateforme et pouvoir ainsi, par exemple, améliorer les prestations en direction du tourisme d'affaires. Dans chaque département de la région, un animateur SITRA étudie en continu les besoins des offices de tourisme, de façon à ce que les options prises répondent à de véritables besoins des contributeurs. "A nous tous, nous formons un écosystème où chacun peut survivre et s'enrichir, résume Karine Feige. C'est la logique de l'open data : ne participent que des gens qui y trouvent leur intérêt et, en retour, apportent aux autres leur propre réflexion. C'est cela qui permet d'améliorer sans cesse la qualité de la donnée et des services, d'innover et de regarder l'avenir sereinement."


Notes :
(1) SITRA : système d’information touristique Rhône-Alpes.
(2) Comité régional du tourisme de Rhône-Alpes, association de type loi de 1901.

 
Directeur de la publication : Pierre-Emmanuel Richard
Rédactrice en chef : Bénédicte Boyer - Mission Communication - DGFiP
Contact : webmestre.colloc@finances.gouv.fr
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