N°34 - 3 janvier 2007
  A LA UNE

STATISTIQUES PUBLIQUES

L’INSEE mise sur Internet


La plupart des statistiques diffusées par l’INSEE sont d’ores et déjà accessibles par Internet. L’option du "tout Internet" va encore s’accentuer dans les prochaines années, notamment pour les données disponibles au niveau communal. Un point sur cette révolution tranquille avec Pierre Audibert, directeur de la diffusion et de l’action régionale à l’INSEE.

Savez-vous qu’on prévoit, pour 2030, 67 millions d’habitants en France, avec une proportion de plus de 60 ans dépassant les 35% dans des régions comme l’Auvergne, la Bourgogne et le Limousin ? Qu’en 2004, on recensait 54% de célibataires à Rouen, pour 35% seulement à Montauban ? Ou encore qu’on dénombrait, toujours en 2004, 22.569 hôtels et restaurants en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, dont 87% d’établissements employant moins de cinq salariés ?

Pour qui se promène régulièrement sur le site Internet de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), www.insee.fr, le moins qu’on puisse dire est que l’information n’y manque pas, aussi bien nationale qu’à l’échelle des régions, départements ou communes, et tant rétrospective que prospective. "Notre politique, résume Pierre Audibert, directeur de la diffusion et de l’action régionale à l’INSEE, est désormais de privilégier Internet comme vecteur de diffusion statistique, quelle que soit la nature de l’information et ce, en direction de tous les utilisateurs, collectivités locales comprises."

Ce tournant, amorcé il y a quelques années et poursuivi avec constance, a supposé de la part de l’INSEE un changement complet de politique, aussi bien en termes de tarification que d’autorisation de diffusion de l’information fournie. D’une situation où l’INSEE faisait payer la quasi totalité des informations, y compris celles qui sont indispensables à la gestion locale, avec des conditions strictes quant à leur rediffusion, on est passé à la statistique téléchargeable gratuitement sur Internet. "Tous les verrous ont sauté, résume Pierre Audibert, mais je ne suis pas certain que les collectivités en soient forcément conscientes." Il existe bien une boutique en ligne proposant des versions papier de grands classiques comme "La France et ses régions" ou "Les tableaux de l’économie française", ainsi que toutes les revues éditées par les directions régionales de l’INSEE, mais une grande partie de ces documents est simultanément proposée en téléchargement à coût zéro.

A l’avenir, le mouvement de mise en ligne de données dites "localisées" dans le jargon INSEE, c’est-à-dire disponibles au niveau communal, va s’accélérer. Chaque commune peut aujourd’hui consulter les résultats du recensement de 1999, et l’on trouve aussi, sur le site, les premiers éléments tirés des campagnes 2004 et 2005 du nouveau recensement. A compter de 2009, une fois achevée la collecte complète de données sur la période 2004-2008, il sera possible d’accéder en ligne aux résultats complets du recensement, du niveau national jusqu’au niveau le plus fin, celui du quartier IRIS (1) d’environ 2.000 habitants.

Autre exemple, l’INSEE vient de développer un outil dénommé "connaissance localisée de l’appareil productif", afin de constituer une base de données, par commune, des entreprises et de leurs établissements. Dès que cet outil sera opératoire, il sera mis à disposition sur Internet. Informations localisées sur les revenus, sur les salaires, tout sera bientôt à la portée d’un clic et, pour après-demain, l’unité de base de diffusion des données devrait même être le niveau infra-communal.

Le tout Internet a toutefois ses limites, admet Pierre Audibert, la première étant technique : le site de l’INSEE, qui peut paraître touffu, ne saurait être bourré indéfiniment de nouvelles données. A cela s’ajoute la protection de la confidentialité, notamment pour les résultats des enquêtes-ménages menées par l’Institut : le fichier des réponses, avant diffusion, doit être nettoyé de tout ce qui pourrait permettre d’identifier les personnes. La constitution de certains tableaux, par exemple le tableau des salaires dans une zone d’emploi, nécessite d’accéder à des fichiers non anonymisés. Pas question, en pareil cas, pour l’internaute, de construire directement son tableau à partir de données en ligne : il lui faut solliciter le concours d’un agent de l’INSEE qui, lui, est habilité à utiliser une information non anonymisée (2).


Pierre Audibert,
directeur de la diffusion et de l'action régionale à l'INSEE

Photo : Dominique Vannoote - INSEE

Qu’en est-il des études sur-mesure réalisées par l’INSEE à la demande d’une collectivité locale, par exemple lorsqu’un conseil régional souhaite qu’on évalue l’attractivité économique de la région ? Là non plus, le secret n’est pas de mise. "Une fois l’étude réalisée, insiste Pierre Audibert, le principe absolu est qu’elle soit rendue publique. Dans un cas comme celui-là, l’INSEE apporte une contribution à l’éclairage des politiques publiques, et il semble naturel que le public ait accès à l’analyse réalisée." L’étude peut être mise en ligne sur le site régional de l’INSEE, ou bien sur le site de la collectivité commanditaire. Chaque année, 250 études de ce type environ sont réalisées, soit à la demande de grandes collectivités (conseils régionaux, conseils généraux, communautés urbaines, etc.), soit à la demande des services extérieurs de l’Etat (secrétariats généraux pour les affaires régionales, notamment).

Reste la question des petites collectivités, pour lesquelles le remplacement de la diffusion papier par la mise en ligne de données sur Internet est peut-être prématuré. "Je n’aurais pas tenu ce discours il y a cinq ans, mais je crois maintenant qu’à terme, même les plus petites collectivités utiliseront Internet, estime Pierre Audibert. La question, pour l’INSEE, est d’arriver à gérer la transition sans, pour autant, remettre en cause la politique du tout Internet : il serait regrettable de freiner un mouvement qui bénéficiera, dans le futur, à tous les utilisateurs."

Si l’INSEE dématérialise la diffusion des données qu’il produit, les avancées sont-elles aussi significatives dans l’autre sens, en ce qui concerne la collecte dématérialisée de l’information brute ? "L’INSEE modernise aussi ses supports de collecte auprès des collectivités territoriales, assure Pierre Audibert : les près de 700 communes ayant une maternité nous télétransmettent déjà l’ensemble des données d’état civil, et l’objectif est d’étendre autant que faire se peut cette dématérialisation". Le chantier, là, est immense. Il l’est aussi pour le recensement sur Internet où les exemples étrangers montrent que les pays les plus avancés comme la Nouvelle-Zélande, le Canada ou l’Australie peinent à atteindre les 20% de collecte dématérialisée.


Notes :
(1) IRIS : îlots regroupés pour l'information statistique.
(2) Les études spécifiques de cette nature sont réalisées par l’INSEE, sur devis, avec facturation au temps passé.



Pour en savoir plus :

Le Conseil national de l’information statistique (CNIS) organise, le 22 janvier prochain, une rencontre sur le thème "L'accès à l'information statistique à l'heure d'Internet". Au cours de cette journée, l’INSEE ainsi qu’Eurostat présenteront leur politique de mise à disposition sur Internet, en la confrontant aux attentes et aux critiques des utilisateurs de statistiques publiques habitués d’Internet. Sera aussi débattue la contradiction entre les besoins des chercheurs et des acteurs locaux, qui souhaitent accéder à des informations individuelles ou finement localisées, et la nécessaire préservation de la confidentialité des données.

Pour accéder au programme détaillé de la journée :
CNIS - L'accès à l'information statistique à l'heure d'Internet - Rencontre du 22 janvier 2007 - Programme


 
Directrice de la publication : Béatrice Delemasure
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