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Comptabilités
locales :
la qualité comme chantier prioritaire |
Qualité comptable : tel est,
clairement, le mot d’ordre qui va guider le travail des comptables
publics locaux pendant les trois années à venir. L’amélioration
de la qualité des comptes des collectivités locales
figure, en effet, parmi les toutes premières priorités
affichées dans le très officiel "contrat pluriannuel
de performance" que la direction générale de
la Comptabilité publique (DGCP) vient de signer avec la direction
du Budget et le secrétaire général du ministère
des Finances. Dominique Lamiot, directeur général de
la Comptabilité publique, détaille cette ligne directrice
du Trésor public pour la période 2006-2008.
MINEFI COLLECTIVITES LOCALES.
Le Trésor public affiche, comme axe prioritaire d’action,
la "qualité comptable", tant pour l’Etat
que pour les collectivités locales. Comment peut-on mesurer
la qualité d’une comptabilité ?
Dominique Lamiot. Même si la qualité
comptable n’est pas une grandeur véritablement quantifiable,
il est nécessaire de disposer d’outils permettant d’approcher
la réalité et de dire si, dans telle ou telle situation,
la qualité est plus ou moins au rendez-vous. La DGCP a donc
créé, il y a deux ans, au titre du secteur public
local, un groupe de travail sur cette question, dont les travaux
ont été prolongés par la création d’un
indicateur spécifique, dénommé "indice
agrégé de suivi qualitatif des comptes locaux".
Comme le contrôle technique pour les véhicules, cet
indicateur se fonde sur un faisceau de 45 indices calculés
pour chaque comptabilité ; est ainsi vérifiée,
par exemple, l’existence d’opérations d’intégration
des constructions en cours au patrimoine de la collectivité,
et de rattachement des charges et produits en fin d’exercice
lorsque le rattachement est obligatoire.
Pour poursuivre la comparaison avec les véhicules, le fait
que le résultat des 45 contrôles effectués soit
bon ne signifie pas, pour autant, que la voiture va avancer. Prenons
le cas des provisions : l’indice permet de vérifier
que les bons comptes ont été utilisés en matière
de provisions. Mais il ne peut évidemment pas détecter
des provisions qui auraient dû être constituées
et qui ne l’ont pas été, ni des provisions inscrites
depuis la nuit des temps et qui n’ont jamais été
réajustées.
MCL. La valeur de l’indicateur
pour une collectivité donnée sera-t-elle communiquée
à l’ordonnateur ?
D.L. Le calcul de l’indice agrégé
n’est en rien une cotation des collectivités : l’indicateur
n’a de sens que comme point de départ d’une démarche
destinée à approfondir l’analyse du niveau de
qualité des comptabilités, puis à résorber
progressivement les points faibles identifiés. Il s’agit
d’un instrument interne au réseau du Trésor
public, dont la vocation est d’aider chaque comptable à
détecter les points sur lesquels il doit améliorer
sa performance et élargir son offre de service à la
collectivité.
Ce n’est pas la valeur absolue de l’indicateur qui importe
mais son évolution dans le temps. C’est pourquoi, dans
le contrat
pluriannuel de performance engageant la DGCP sur la période
2006-2008, nous partons d’une base 100 calculée, au
niveau national, sur les comptes du secteur local en 2004, notre
objectif étant d’améliorer progressivement l’indicateur
pour parvenir au niveau 115 en 2008. Une collectivité peut
donc tout à fait, et c’est très souhaitable,
développer un partenariat avec son comptable pour améliorer
la fiabilité de sa comptabilité. Pour ce faire, les
deux acteurs pourront ainsi élaborer un diagnostic partagé
des points forts et des points faibles des comptes de la collectivité,
à partir des différentes informations issues des 45
contrôles.
MCL. Y a-t-il, à ce
jour, un véritable problème de qualité des
comptes locaux ?
D.L. Oui. Avec la modernisation des instructions
comptables engagée dans les années quatre-vingt-dix,
les collectivités ont réalisé des progrès
importants, mais il reste encore du chemin à parcourir, car
l’amélioration de la qualité comptable est un
travail de longue haleine qui a des conséquences sur l’organisation
des collectivités (par exemple pour la tenue de l’inventaire),
sans oublier l’ampleur des chantiers informatiques à
mener. En outre, la comptabilité a longtemps été
vécue dans les collectivités comme une contrainte
réglementaire, et non comme un outil de gestion pouvant leur
servir dans une optique de progression de la performance.
Je suis personnellement convaincu que les collectivités locales
vont se voir rattraper prochainement par la LOLF (1)
: le besoin de transparence sur l’utilisation des deniers
publics est tel que les collectivités devront sans doute
adopter des modes de présentation et de restitution budgétaires
qui s’inspirent de la LOLF. C’est pour cela, précisément,
que le Trésor public veut prendre un temps d’avance,
et que la qualité comptable, un des volets de la LOLF, constitue
dès à présent un axe stratégique pour
tout notre réseau.
MCL. Quels sont les principaux
points à améliorer dans les comptes locaux ? Le manque
de qualité est-il un problème général
ou bien est-il plus aigu pour certains types de structures ?
D.L. Encore une fois, il ne faudrait pas croire
que rien n’a été fait jusqu’à ce
jour. Les communes, une fois dotées de la M14, se sont retrouvées
avec un cadre budgétaire et comptable en avance par rapport
à celui de l’Etat. La question est maintenant d’avoir
une exigence plus forte dans le remplissage de ce cadre, en prenant
le plus grand soin dans la façon dont sont passées
les écritures comptables, notamment sur les aspects patrimoniaux
: immobilisations, amortissements, provisions, etc.
L’enjeu d’amélioration de la qualité vise
tous les types de collectivités, grandes et petites. On ne
peut pas dire qu’un type de collectivité présente
un défaut particulier de qualité comptable, sauf peut-être
les structures intercommunales qui cumulent les difficultés
: à leur propre problématique de qualité viennent
s’ajouter tous les "défauts" hérités
des comptabilités de leurs communes membres à l’occasion
des transferts de patrimoine. Par ailleurs, pour les budgets gérés
en M49, les plus petites collectivités n’ont pas toujours
eu les moyens de comptabiliser convenablement les amortissements.
MCL. Les collectivités
locales ont-elles, à votre avis, conscience des défauts
de qualité que peuvent présenter leurs comptes ?
D.L. Je pense que oui, la meilleure preuve étant
l’écho toujours très positif qu’accueillent
nos initiatives visant à l’amélioration de la
qualité, tant au niveau national auprès des associations
d’élus que localement, dans les relations bilatérales
entre ordonnateur et comptable de chaque collectivité. En
effet, sans comptes de qualité, comment mener une analyse
financière de qualité ? Comment quantifier les risques
liés aux garanties d’emprunt, en chiffrer l’impact
possible sur le budget de la collectivité et lisser préventivement
cet impact ? La qualité comptable est très clairement
une préoccupation partagée par les ordonnateurs et
par les comptables, le plus difficile étant, une fois le
diagnostic fait, de passer à l’action : qu’il
s’agisse de mettre en place un processus de contrôle
interne dans la collectivité ou de refaire un inventaire,
les actions correctives sont généralement lourdes
et longues à mener.
MCL. Dans quelle mesure le
Trésor public peut-il s’engager unilatéralement
à améliorer la qualité des comptes locaux ?
N’est-ce pas forcément un chantier partagé avec
les ordonnateurs ?
D.L. En matière de comptabilité,
certaines améliorations dépendent certes, à
titre principal, des comptables du Trésor : c’est le
cas de la plupart des comptes de classe 4, ou encore des délais
d’enregistrement des écritures chez le comptable.
Mais il est clair que l’engagement du Trésor ne jouera
son plein effet que dans le cadre d’une démarche partenariale
avec la collectivité, car la qualité dépend
souvent d’informations que seul l’ordonnateur connaît.
C’est le cas, notamment, pour les charges à rattacher,
pour les provisions, pour les biens réformés à
sortir de l’inventaire, pour l’apurement du compte "travaux
en cours", etc.
Dans le cadre des "conventions de services comptables et financiers"
formalisant l’offre de service du Trésor public aux
plus grandes collectivités (2), nous avons
ainsi réalisé, avec deux collectivités, un
audit commun de toute la chaîne comptable, depuis l’engagement
de la dépense chez l’ordonnateur jusqu’aux écritures
passées chez le comptable. Cela a permis de détecter
les doublons, mais aussi les zones que personne ne contrôlait,
l’objectif partagé étant ensuite de rationaliser
les contrôle internes sur l’ensemble de la chaîne
de travail.
Avec la généralisation de l’indice agrégé
évoqué plus haut, chaque comptable saura désormais,
chaque année, quelle est la valeur de son indice synthétique,
et il se verra fixer par sa hiérarchie un objectif d’amélioration
pour l’année suivante. Mais l’amélioration,
notamment dans les grandes collectivités, prendra nécessairement
plusieurs années : ce sera au comptable d’en planifier
les étapes, en partenariat avec la collectivité, en
fonction des circonstances locales et des besoins exprimés
par l’ordonnateur.
MCL. Le Trésor public
organise désormais, à intervalles rapprochés,
une enquête de satisfaction auprès des collectivités
locales. Quelles évolutions avez-vous pu mesurer entre les
résultats de l’enquête
2003 et ceux de l’enquête
2005 ?
D.L. En 2005 comme en 2003, l’enquête
a conforté le Trésor public dans son rôle…
pour ne pas dire qu’elle a plébiscité notre
réseau ! En effet, à la question globale "Que
pensez-vous du Trésor public ?", les sondés "satisfaits"
ou "très satisfaits" ont atteint la proportion
de 86% des répondants en 2003, et de 87% en 2005. Derrière
l’indice global, l’enquête nous a permis de décomposer
la réalité. Le véritable plébiscite
porte sur les métiers de base du comptable public. En revanche,
nous devons encore progresser sur l’analyse financière,
prospective notamment, et sur la dernière mission confiée
au Trésor public, à savoir le conseil en matière
de fiscalité directe locale.
Ces chiffres, pour moi, reflètent la proximité qui
unit au quotidien les services ordonnateurs et comptables. Cela
ne veut pas dire que la relation ordonnateur-comptable soit exempte
de points de crispation sur tel ou tel sujet ; mais tout bien pesé,
les directions financières perçoivent le comptable
comme un allié dans les messages qu’elles portent vis-à-vis
des autres services et des élus, et les élus sont
très souvent satisfaits d’avoir, grâce au comptable,
un jugement extérieur et complémentaire de celui de
leur encadrement.
MCL. Quelles conséquences
avez-vous tiré de ces enquêtes sur l’offre de
service du Trésor public en direction du secteur local ?
D.L. Nous avons, par exemple, profité de
l’enquête 2005 pour déterminer quel était
le degré de notoriété des documents papier
que nous transmettions chaque année aux collectivités
(3). Nous pensions, a priori, que nos interlocuteurs
préfèreraient désormais des cédéroms
ou des publications dématérialisées. En réalité,
ils attendent toujours du papier, et notre effort va être
de produire plus rapidement ces documents à l’avenir,
afin de mieux répondre aux besoins exprimés par les
gestionnaires locaux.
MCL. Les échanges ordonnateurs-comptables
devraient être facilités et enrichis avec le déploiement
du nouvel applicatif Hélios pour la tenue des comptes locaux
par le Trésor public. Quel est l’état d’avancement
de ce chantier ?
D.L. A ce jour, 348 trésoreries sont équipées
de l’applicatif Hélios, ce qui représente 14.000
budgets gérés. Le déploiement d’Hélios
va se poursuivre progressivement sur tout le territoire jusqu’à
la fin de l’année 2008, à un rythme, il est
vrai, moins rapide que ce que nous pensions initialement. En effet,
l’arrivée d’Hélios dans un poste comptable
induit des changements importants dans les conditions même
d’exercice du métier de comptable, ce qui nécessite
non seulement la formation de nos agents, mais aussi la réorganisation
des postes et le changement de méthode de travail pour les
agents.
Une fois Hélios complètement déployé,
l’applicatif participera directement à l’amélioration
de la qualité des comptes locaux et à l’enrichissement
des restitutions au profit des ordonnateurs. Hélios favorise
notamment la mise à niveau des comptes qui est effectuée
avant le changement d’applicatif et, ensuite, automatise progressivement
certains contrôles de qualité effectués par
le comptable.
Notes :
(1) LOLF : loi organique relative aux
lois de finances du 1er août 2001.
(2) Villes de plus de 100.000 habitants, départements
et régions. Voir la Lettre
d’information MINEFI COLLECTIVITES LOCALES n°22 sur
la convention signée par le Trésor public avec le
département de la Mayenne.
(3) Notes de conjoncture, brochures synthétiques
sur les finances locales.
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