Information spéciale - 29 mai 2003

 

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Fin du crédit immédiat sur les chèques remis au Trésor pour les lignes de trésorerie et les emprunts

Après l’avertissement donné en 1999 au monde bancaire à propos de certaines pratiques contestables en matière de lignes de trésorerie, l’heure est maintenant à la remise en ordre des procédures. A compter du 1er juillet 2003, les chèques émis par les établissements financiers au profit de collectivités locales, dans le cadre de contrats d’ouverture de lignes de trésorerie ou d’emprunts, ne seront plus crédités sur le compte des collectivités dès leur remise, mais le jour de leur encaissement effectif sur le compte du Trésor à la Banque de France.

En jargon de directeur financier, on appelle cela le système « J+1 ». Le jour J, en tout début de matinée, la collectivité C, qui gère activement sa trésorerie, fait le point avec son comptable du besoin net en trésorerie de la journée. Soit, par exemple, un million d’euros. Cela fait, l’ordonnateur appelle son banquier pour lui communiquer ce montant, qui va être le niveau de tirage sur sa ligne de trésorerie pour le jour J. Moins de deux heures plus tard, la banque dépose un chèque d’un million d’euros à la trésorerie de la collectivité, et le comptable crédite immédiatement le compte de C, ce qui va lui permettre de payer les dépenses du jour. Le lendemain, en J+1, la collectivité, qui bénéficie par ailleurs d’une rentrée de trésorerie (dotation de l’Etat, douzième de fiscalité, etc.) rembourse à sa banque, par virement, le million d’euros qu’elle lui a emprunté la veille.

Bilan pour chacun des trois acteurs :
- la collectivité, en théorie, doit à son banquier des intérêts pour un montant d’un million d’euros et pour un jour de tirage sur la ligne de trésorerie. En pratique, s’il s’agit d’un « bon » client qui bénéficie d’un contrat « J+1 », la banque, lorsque C effectue un tirage sur sa ligne de trésorerie, lui fait cadeau des intérêts dus au titre du premier jour de tirage. L’opération se fait donc à coût nul pour la collectivité ;
- le banquier, en théorie, prête un million d’euros le jour J, pour être remboursé en J+1. En réalité, compte tenu du mode de règlement (chèque dans un sens, virement dans l’autre), il n’est débité de ce montant qu’en J+2 ou J+3, selon les cas, c’est-à-dire 24 ou 48 heures après avoir été lui-même remboursé ;
- le Trésor public, c’est-à-dire l’Etat, subit la situation inverse : il crédite le compte de la collectivité C 24 ou 48 heures avant d’avoir effectivement encaissé les fonds. L’Etat, de fait, doit donc couvrir le déficit de trésorerie résultant du mécanisme mis en œuvre au profit des deux autres acteurs.

La possibilité de recourir à pareil système, dont le côté pervers est difficilement contestable, s’explique par l’histoire. En 1916, l’Etat et la Banque de France s’accordent sur une procédure destinée à encourager l’usage du chèque pour le paiement des impôts directs. Avec le temps, la procédure s’étend, et depuis plus d’un demi-siècle, tous les chèques libellés à l’ordre du Trésor public sont comptabilisés dès le jour de leur réception, sans tenir compte des délais interbancaires de règlement. La règle (non écrite) vaut tout autant pour les chèques émis par des particuliers pour le paiement de produits locaux, que pour ceux relatifs aux contrats d’emprunts des collectivités.

Pour cette dernière catégorie, la multiplication, à la fin des années 90, des pratiques de J+1 décrites plus haut avait déjà amené l’Etat, en 1999, à rappeler à l’ordre le secteur bancaire. Par lettre au président de l’Association française des établissements de crédit et des entreprises d’investissement, le ministre des Finances de l’époque avait mis en garde contre des pratiques jugées « parfois dangereuses pour les collectivités locales elles-mêmes », en laissant aux différents partenaires (et bénéficiaires du système) le temps de revoir leurs méthodes. L’avertissement, alors, avait produit ses effets… mais les effets ont été de courte durée et, au fil des ans, sous des formes atténuées d’abord, puis de moins en moins masquées, des équivalents de « J+1 » sont redevenus la règle chez certains établissements bancaires, avec des mécanismes financiers encourageant les collectivités à tirer le parti maximum des failles du système.

D’où la décision prise aujourd’hui par l’Etat de mettre définitivement un terme au mécanisme qui rend possible de telles pratiques, et ce, à compter du 1er juillet 2003. Par courrier conjoint de Francis Mer, ministre de l’Economie, des finances et de l’industrie, et d’Alain Lambert, ministre délégué au Budget et à la réforme budgétaire, les associations d’élus (AMF, ADF, ARF et AMGVF) ont été averties, à la mi-mai, du changement qui allait bientôt s’opérer. Les ministres, évoquant la nécessité de mettre fin à des « pratiques financières particulièrement préjudiciables à la trésorerie de l’Etat », soulignent bien que « la mesure se limitera aux seuls chèques émis sur contrats de lignes de trésorerie ou d’emprunts ». Pour les chèques relatifs au recouvrement des produits locaux, le système actuel de crédit immédiat du compte de la collectivité, le jour de la remise, continuera de s’appliquer.

En pratique, pour les collectivités qui gèrent activement leur trésorerie, le nouveau mode de comptabilisation des chèques va rendre, de fait, l’utilisation du chèque inopérante, en raison de l’impossibilité pour elles de prévoir très précisément la date à laquelle leur compte au Trésor sera crédité (J+1 ou J+2 ?), tandis que les intérêts commenceront à courir dès le jour J. L’apport des fonds devra désormais se faire par virement, ce qui suppose, pour celles dont les contrats d’ouverture de lignes de trésorerie ne prévoyaient pas cette possibilité, de revoir sans tarder leurs contrats.

 
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