Édition N°1 - 6 Décembre 2002

Spécial "85ème Congrès des maires"

A LA UNE


Finances locales : les maires jugent la réforme inéluctable

Lors de la traditionnelle séance plénière "finances" du Congrès des maires, le 21 novembre dernier, les élus locaux ont souhaité que l'Etat s’engage rapidement dans la voie de la réforme financière et fiscale.

Après la réforme constitutionnelle actuellement débattue au Parlement, les élus locaux attendent avec impatience les lois organiques ou ordinaires qui viendront à sa suite. "Chaque année, on parle de cette impossible réforme des finances locales, rappelle Gilles Carrez, député-maire du Perreux-sur-Marne (30.227 hab., Val-de-Marne) et rapporteur général du budget à la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Là, nous sommes au pied du mur." Interrogés (1) sur ce qu’ils attendent concrètement de l’inscription du principe d’autonomie financière des collectivités locales dans la Constitution, les maires et présidents de groupements intercommunaux effectuent le classement suivant :

  • 23,3% d'entre eux souhaitent que les communes reçoivent une part d’un impôt perçu par l’Etat ;
  • 23,1% demandent que l'Etat mette en œuvre une révision des valeurs locatives ;
  • 22% réclament qu’une part importante de leurs ressources dépende de leurs décisions propres.

Ces réponses, tout comme la prise de position officielle de la commission des Finances de l’Association des maires de France (AMF), témoignent d’une volonté réelle de changement, sans pour autant appeler un bouleversement radical. "Nous proposons une évolution significative et non une révolution du système fiscal", déclare Philippe Laurent, maire de Sceaux (19.850 hab., Hauts-de-Seine) et président de la commission des Finances de l’AMF. Ainsi, souligne-t-il, les maires sont "attachés à l’impôt foncier", impôt de stock beaucoup moins "risqué" pour les budgets locaux qu’un impôt portant sur les flux.

L’exemple de l’Allemagne, où l’impôt local sur les activités économiques est assis sur les bénéfices réalisés par les entreprises, incite en effet à la prudence. Quand la conjoncture économique est devenue mauvaise, raconte Jacques Guerber, président du directoire de Dexia Crédit local, "certaines villes allemandes ont vu les recettes provenant de leurs impôts baisser de 60% d’une année sur l’autre". Priorité, donc, "au sauvetage, c’est-à-dire à la modernisation de nos impôts traditionnels", conclut Gilles Carrez.n

Note : (1) Enquête réalisée auprès de 2.000 maires et présidents de groupements intercommunaux par l’Association des maires de France à l’occasion de son 85ème congrès (premiers résultats diffusés dans la Lettre de Maires de France le 19 novembre 2002).

Exclusivité : Alain Lambert répond aux élus

Oui à la réforme des finances locales,
dans un esprit de responsabilité partagée entre tous les acteurs, déclare le ministre délégué au Budget et à la réforme budgétaire.

La Lettre d’information MINEFI COLLECTIVITES LOCALES Voilà des années qu’est évoqué, lors de chaque Congrès des maires, le thème de "l’impossible réforme des finances locales". L’inscription du principe d’autonomie financière des collectivités dans la Constitution va-t-elle enfin permettre, l’an prochain, d’ouvrir ce vaste chantier ?
Alain Lambert – Le Gouvernement a clairement indiqué que les finances locales feraient l’an prochain l’objet d’une réforme en profondeur. Cette réforme visera tout d’abord à accroître l’autonomie financière des collectivités. A cet effet, l’Etat devra transférer des ressources fiscales en substitution de dotations ou en compensation de compétences locales nouvelles. La piste d’un transfert de TIPP apparaît à cet égard intéressante ; en effet, les bases de cet impôt sont à la fois localisables et correctement réparties entre les différentes régions. Certains aspects juridiques et techniques, toutefois, doivent encore être expertisés. Par ailleurs, la réforme concernera aussi la péréquation et la simplification des concours de l'Etat.

La Lettre A partir du premier pas vers la déliaison des taux prévu en loi de finances pour 2003, les maires réclament, pour l’avenir, qu’on s’achemine progressivement vers la déliaison totale. Cette revendication vous paraît-elle légitime ?
A.L. – A terme, la déliaison des taux apparaît comme la conséquence logique de la révision constitutionnelle et du principe d’autonomie financière. Le Gouvernement a d’ores et déjà accompli un pas décisif en rompant avec une règle établie depuis 22 ans. Je comprends l’impatience des élus, car je l’éprouve moi-même en tant qu’élu local. Mais il faut aussi tenir compte de l’inquiétude des entreprises qui contribuent à la création de la richesse nationale – richesse sur laquelle l’impôt est assis. J’ai la certitude que les élus sauront rassurer les milieux économiques en démontrant leur sens des responsabilités, et que nous pourrons ainsi progresser rapidement vers la liberté totale de fixation des taux.

La Lettre Les maires réclament, pour l’avenir, une indexation de l’enveloppe normée des dotations de l’Etat sur la moitié de la croissance, au lieu du tiers actuellement prévu par le contrat de croissance et de solidarité. Vous leur avez clairement répondu que ce ne serait pas possible pour 2003, mais qu’en sera-t-il au-delà ?
A.L. – En 2002, l’actuel gouvernement a trouvé un déficit majoré de 50% par rapport aux prévisions du précédent gouvernement. C’est dans ce contexte que nous avons élaboré le budget 2003 en maintenant, malgré les difficultés de la conjoncture budgétaire, le contrat de croissance et de solidarité. Nous avons ainsi voulu démontrer notre attachement à la préservation des équilibres financiers des collectivités locales. Les années à venir seront marquées par la nécessité de réduire les déficits publics, pour ne pas reporter inéluctablement le fardeau de la dette sur les générations futures. Ce contexte ne semble pas de nature à nous permettre d’aller au-delà de l’effort effectué cette année, qui est déjà considérable.n

Suppression du contrôle du seuil des marchés : réactions partagées dans le secteur local

L’annonce faite en octobre de la suppression du contrôle du seuil des marchés par le comptable public suscite, paradoxalement, quelque inquiétude dans certaines collectivités.

Elus et fonctionnaires territoriaux ont pris connaissance de l’annonce faite par Francis Mer, ministre de l'Economie, des finances et de l'industrie, et Alain Lambert, ministre délégué au Budget et à la réforme budgétaire, le 10 octobre dernier, de la suppression programmée du contrôle par le comptable public du seuil défini par le nouveau code des marchés. Une relative inquiétude s’est fait jour depuis, dans certaines collectivités, devant cette mesure nouvelle pouvant être ressentie comme une insécurité juridique supplémentaire.

L’appréciation des seuils ne se faisant plus, comme par le passé, par référence au fournisseur, mais en fonction de la nomenclature prévue par l’article 27 du nouveau code (par type de fournitures ou de prestations de services homogènes), le contrôle du respect du nouveau seuil aurait supposé, pour être effectif, la transmission par l’ordonnateur au comptable d’un volume d’informations disproportionné par rapport au résultat recherché.

En outre, le contrôle du comptable sur le respect des seuils n’intervient, dans tous les cas, qu’au stade du paiement, c’est-à-dire une fois service fait, donc bien longtemps après que la collectivité a contracté un engagement juridique auprès de son fournisseur : une erreur éventuelle détectée à ce stade ne peut déboucher que sur la suspension du paiement par le comptable, c’est-à-dire, pour la collectivité, sur de grandes difficultés à régler son fournisseur, qui s’en trouve ainsi lésé. Par ailleurs, ce contrôle n’a jamais pu régulariser a posteriori une procédure d’achat mal engagée ; aussi sa suppression n’aura-t-elle aucune incidence directe sur la sécurité juridique de l’achat public.

Il appartient donc désormais aux collectivités de retenir la procédure d’achat appropriée, au stade de la définition de leurs besoins. Il en résultera une atténuation des risques d’irrégularités dès lors que les contrôles seront opérés au bon moment, c'est-à-dire en amont. Dans ce cadre, le comptable public, lui, peut toujours être sollicité par l’acheteur, étant entendu qu’on se situe alors clairement sur le terrain du conseil et non du contrôle.n

 

EN BREF

FCTVA (1) : le raccourcissement du délai de versement est à l’étude
La direction générale des Collectivités locales (DGCL) a été saisie par le cabinet du Premier ministre de la question du raccourcissement éventuel du délai existant entre la réalisation de travaux d’investissement par les communes et le versement postérieur du fonds de compensation de la TVA (FCTVA). Depuis la réduction du délai normal de deux ans accordé aux groupements intercommunaux à fiscalité propre par la loi du 6 février 1992, les communes réclament en effet que le bénéfice de cette mesure, destinée à l’origine à favoriser la création de nouveaux groupements, leur soit étendu. DGCL et direction du Budget vont donc étudier conjointement cette question.n

FCTVA (2) : le casse-tête des biens mis à disposition
Les conditions dans lesquelles les dépenses d’investissement réalisées sur un bien mis à la disposition d’un tiers sont éligibles ou non à FCTVA, pour la collectivité à l’origine des dépenses, demeurent un sujet de préoccupation récurrent pour les gestionnaires locaux. L’examen d’un amendement au projet de loi de finances 2003, concernant la restauration de monuments historiques appartenant à des collectivités, a donné l’occasion à la commission des Finances de l’Assemblée nationale de faire un petit tour d’horizon pédagogique sur la question.n

Pour en savoir plus :
Tome II du rapport sur l’examen de la première partie du projet de loi de finances – Conditions générales de l’équilibre financier (rapport A.N. n°256 – Article additionnel après l’article 9) : accès au rapport parlementaire
Texte de référence : circulaire NOR/INT/B/94/00257C du 23 septembre 1994

A noter : l'ouverture du portail MINEFI COLLECTIVITES LOCALES
"Le MINEFI est un ministère qui n’a pas toujours la réputation d’être à l’écoute de ses partenaires", a volontiers reconnu Alain Lambert, ministre délégué au Budget et à la réforme budgétaire, avant de saluer l’ouverture par ledit ministère, le 20 novembre dernier, d’un portail spécifique dédié aux acteurs du monde local, qu’ils soient élus, fonctionnaires territoriaux ou simples citoyens s’intéressant à la gestion et aux finances locales. Ce portail, directement accessible par l’adresse www.colloc.minefi.gouv.fr, est organisé en quatre rubriques thématiques (finances locales, gestion locale, intercommunalité et marchés publics). Sont à signaler, notamment, la publication des comptes 2001 de toutes les communes de France, quelle que soit leur taille, et la possibilité pour les acheteurs publics de saisir en ligne la cellule spécialisée "marchés publics" du MINEFI, dont ils obtiendront une réponse personnalisée.n

 

ECHOS


Les petites phrases du Congrès des maires 2002

A propos de la deuxième étape de la décentralisation :
"La décentralisation permettra à la France de faire des économies" (Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre).
"La décentralisation ne sera comprise des Français que si elle entraîne un moindre coût" (Daniel Hoeffel, président de l’Association des maires de France).

A propos du code des marchés publics :
"La marche forcée vers la simplification est en route" (Alain Lambert, ministre délégué au Budget et à la réforme budgétaire).

A propos de la péréquation :
"Le problème de la péréquation n’est pas uniquement d’ordre financier. Il s’agit d’assurer à chaque citoyen l’accès au service public, et d’éviter le dépérissement de zones rurales et urbaines par une politique d’investissement public judicieuse" (Daniel Hoeffel, président de l’Association des maires de France).
"Le projet qui est le mien est de faire en sorte que la République assume ses devoirs d’équité territoriale, et nous y mettrons les moyens financiers" (Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre).

 

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